"Zelda a fait de ce monde extérieur sombre un endroit agréable après tout".

Quand avez-vous appris que vous aviez une déficience visuelle?

« J’étais très jeune quand ma mère a découvert que ma vision n’était pas bonne. Chez moi, cela a commencé par une mauvaise vision dans le noir. Au début, cela ne me perturbait pas tant que cela, je parvenais très bien à le cacher. Ainsi, je faisais la fête toute la nuit quand j’étais étudiant et j’ai également décroché mon permis de conduire. Quand j’avais 24 ans, conduire était devenu irresponsable, des lunettes ordinaires ne suffisaient plus et chaque année ma vision baissait. En même temps, vous l’aurez deviné, j’étais plutôt têtu. Je ne voulais absolument pas admettre que je voyais de plus en plus mal. Jusqu’à ce qu’à un moment donné, il n’y avait plus moyen. Quand j’ai eu 35 ans, je devais marcher avec une canne blanche. »

Comment avez-vous géré cela?

« C’est un peu comme faire son deuil, mais au lieu de perdre quelqu’un, vous perdez un morceau de vous-même, encore et encore. Et ça, c’est difficile. En fait, on ne peut pas s’habituer à cela. Vous voulez tellement être indépendant, mais votre mobilité est complètement affectée. Par exemple: je vis à Louvain et j’ai beaucoup d’amis à Bruxelles. Faire une visite spontanée, ce n’est pas possible. Pour cela, je dois demander de l’accompagnement, prendre des arrangements précis, tout planifier dans les moindres détails. Et le problème, c’est que je ne suis pas du tout un planificateur. Être malvoyant et chaotique en même temps est une combinaison terrible. »

Je peux imaginer que les gens ont parfois de la compassion pour vous, cela me semble aussi confrontant?

« En soi, cela ne se passe pas trop mal. Les gens sont très honnêtes et veulent aider. Toutefois, on me demande souvent ce que cela me fait réellement. C’est une question difficile parce que j’essaie de ne pas trop m’y attarder. Je suis encore souvent dans le déni et je cherche beaucoup la confrontation. Par exemple, j’avais l’habitude de faire de la planche à voile, activité que j’avais dans un premier temps abandonnée en raison de ma déficience. Aller sur l’eau en toute sécurité n’était plus possible. Mais c’est très difficile pour moi d’abandonner des choses qui me procurent vraiment du plaisir. J’ai donc cherché un moyen d’en refaire tout de même. Et ainsi, j’essaie de quand même faire tout ce que je ne peux plus faire d’une manière nouvelle et différente. »

À partir de vos 35 ans, vous avez marché une canne blanche, quand avez-vous décidé de passer à un chien-guide?

« Au début, je ne voulais pas du tout de chien. Je me disais, laisser un chien déterminer votre vie, comment cela peut-il être agréable? Mais la canne blanche me procurait énormément de stress. Vous marchez constamment sous adrénaline. Je peux encore voir un petit peu, mais je ne peux pas faire la différence entre un poteau ou une ombre. De ce fait, aller au magasin est tellement épuisant mentalement et physiquement. Vous devez constamment vous débrouiller seul. Mon partenaire m’a dit: tu dois candidater pour obtenir un chien-guide dès maintenant, avant que les choses n’empirent. Au début, j’étais trop têtu pour cela, mais plus tard, j’en ai vu la nécessité. Avant qu’ils aient le bon chien pour moi, nous étions déjà 4 ans plus loin. »

Comment s’est passée votre première rencontre avec votre chien-guide Zelda?

« Zelda est arrivée juste au bon moment, je ne pouvais plus poursuivre mon travail précédent en raison de mon handicap. Je voulais tellement travailler à temps plein, mais il n’y avait pas d’autre alternative que de rester à la maison. Et puis vint Zelda. Le timing parfait. Quand Zelda est entrée dans mon couloir la première fois, elle m’a regardé droit dans les yeux et j’ai pensé 'elle est parfaite'. Elle m’a quand même un peu sauvé la vie à ce moment-là. »

« Cela n’enlève rien au fait qu’il a fallu un an pour m’habituer à elle. J’ai toujours eu un faible pour les chats, mais je ne connaissais pas du tout les chiens. Parfois, elle venait s’asseoir à côté de moi et je me disais: « Mais qu’est-ce qu’elle veut de moi, au fait? » Depuis lors, notre communication est fantastique. Un petit son ou un signal d’elle à moi ou de moi à elle, et nous savons ce que nous voulons dire. Cela rend notre relation très intense. Elle est très active, un peu folle et garde un œil sur moi sans arrêt. »

A-t-elle changé votre vie?

« J’avais tellement de stress avec cette canne blanche que je devenais angoissé. Si vous avez peur de l’obscurité du grand monde extérieur, vous resterez de plus en plus longtemps à l’intérieur. Zelda a fait en sorte que le monde extérieur devienne tout de même un endroit agréable. Elle m’a aussi donné beaucoup de routine au début. Par exemple, elle se réveillait à 7 heures, avait besoin d’exercice et devait se coucher à l’heure. »

« Elle apporte également une interaction sociale agréable. Quelqu’un avec une canne blanche est quelque peu effrayant. Avec un chien-guide, c’est le contraire. On m’adresse la parole presque tous les jours et j’ai beaucoup de nouveaux contacts sociaux grâce à elle. Elle me met aussi au défi. Par exemple, je fais du jogging avec elle, ou quand je sais qu’il y a des travaux routiers quelque part, je me dirige consciemment vers ceux-ci. Zelda est intelligente, ce sont les moments où elle prend complètement le relais. Et quelque part, cela me booste. Plus l’obstacle est difficile, plus elle l’aime ça. Bien sûr, je ne peux parler que pour moi-même, mais j’ai l’impression de m’être redécouvert en termes de mobilité. Au début, je ne voulais pas me faire remarquer, grâce à Zelda, j’espère qu’on va me remarquer. »

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